Pourquoi les projets de la NASA sur Mars agacent certains scientifiques?
Vers Mars, mais pas au-delà ? La NASA a lancé avec succès son robot Perseverance le jeudi 30 juillet 2020. Ce véhicule d'une tonne et de trois mètres de long est le plus gros jamais envoyé vers la planète rouge. Il doit rechercher des traces d'anciens microbes dans le cratère de Jezero, où coulait il y a des milliards d'années une rivière. Fonctionnant grâce à une pile nucléaire, il est aussi équipé d'un laser capable d'analyser à distance la composition du sol et d'un bras articulé qui peut forer la roche. Malgré cette prouesse technique, des voix s'élèvent parmi les chercheurs. Ils critiquent des missions trop centrées sur Mars, dont les coûts exorbitants ne laissent aucune ressource pour le reste de l’exploration spatiale. David W. Brown, journaliste et écrivain américain spécialisé dans l'astronomie, et auteur de The Mission, livre sur les projets d'une équipe de scientifiques pour explorer Europe, satellite de Jupiter, a été interrogé sur ce sujet.
Pourquoi certains planétologues sont-ils lassés des explorations martiennes de la NASA ?
David W. Brown : Le lancement de Perseverance est bien sûr un moment excitant pour les sciences planétaires. La "communauté martienne" tout autour du monde travaille depuis plus de 30 ans à une mission de retour d'échantillons. Et Perseverance est la première étape pour ramener un sol martien vierge à analyser sur Terre. En ce moment, il y a huit vaisseaux internationaux opérationnels sur Mars, dont trois en route (Perseverance, ainsi que les sondes chinoise et émiratie Tianwen-1 et Al-Amal). Depuis 2001, la NASA a réussi à atterrir sur Mars cinq fois. Mais, par exemple, l'agence spatiale américaine n'a pas lancé de mission sur Vénus depuis 1989. Donc il y a un désir compréhensible de la part de certains scientifiques d'explorer plus profondément le cosmos.
Pourquoi la NASA est-elle si intéressée par Mars ?
La NASA a toujours été une agence "marso-centrée", parce qu'elle est avant toute chose une organisation réalisant des vols spatiaux habités. Puisqu'il est physiquement possible pour les astronautes de marcher sur Mars, il y a une sorte de parti pris institutionnel pour y aller. Le "s" de NASA n'est pas celui de "sciences", après tout (mais de space, "espace" en anglais). Toutes les agences spatiales souhaiteraient certainement faire atterrir des humains sur Mars, mais en matière de budgets et de priorités nationales, seule la Chine serait probablement en mesure de rivaliser avec la NASA. Je pense que le scénario le plus probable pour l'atterrissage d'astronautes sur Mars serait celui d'un partenariat public-privé entre la NASA et SpaceX, avec l'aide de l'Agence spatiale européenne (ESA). Je parierais également sur le fait qu'un astronaute européen participera à la première mission avec équipage sur Mars, peut-être même Thomas Pesquet !
Un projet de lancement d'un vaisseau en orbite autour de la lune de Jupiter, l'envoi d'un bateau pour explorer Titan... Pourquoi la NASA abandonne-t-elle les autres expéditions dans notre système solaire ?
L'espace est infini, mais pas l'argent. Historiquement, les recherches sur Mars ont toujours eu plus d'opportunités de financement que celles sur d'autres objets d'explorations dans le système solaire. La planète rouge avait même sa propre ligne de mission pendant de nombreuses années à la NASA. Quand d'autres corps planétaires se disputaient des opportunités de vol, Mars, elle, n'a concouru contre personne. Des missions sur Mars prévoyaient de se lancer tous les deux ans, quoi qu'il arrive. De plus, davantage de missions sur Mars signifie davantage de financement pour les scientifiques pour analyser les donnés renvoyées.
Quelles autres planètes ou lunes mériteraient plus de recherches selon vous ?
Europe, la lune de Jupiter, et Titan, la plus grosse lune de Saturne, sont peut-être les mondes les plus fébrilement étudiés au-delà de la ceinture d'astéroïdes. À cause de leur habitabilité potentielle, la NASA y lancera des missions dans les six prochaines années. Europe est tout particulièrement attrayante pour les astrobiologistes car, sous sa coquille de glace, se trouve un océan d'eau salée, avec tous les ingrédients nécessaires à la vie. Vénus est également très intéressante, car elle ressemble énormément à la Terre. Elle a la même taille, la même gravité, la même densité, la même composition. Les cieux au-dessus de ses nuages sont propices à la vie. Et pourtant, la température à la surface de Vénus est de 450 degrés ! Comment ces deux planètes peuvent-elles être si semblables mais si différentes ? En répondant à cette question, les scientifiques pourront mieux comprendre les exoplanètes, ces planètes qui gravitent autour d'autres étoiles.
Source : francetvinfo.fr