« Nous sommes à l'aube de découvertes martiennes exceptionnelles »

Sylvie Montard - 20 février 2022


Panorama capturé par Perseverance le 19 février 2022. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Crédit : NASA/JPL-Caltech
 
Cela fait pile an un que le robot Perseverance roule sur la planète Mars à la recherche d’anciennes traces de vie. Sylvestre Maurice, astrophysicien à l'Irap de l'Université de Toulouse (CNRS/CNES) et co-responsable de l’instrument SuperCam, nous raconte l’année du rover sur la planète rouge.
 
Quelle a été la première chose que vous avez demandé à Perseverance ?

On s’est posé sur la planète rouge et on a pris à peu près trois mois pour vérifier que tout allait bien sur notre véhicule. C’est comme si on avait testé une voiture qui sortait d’usine. On a regardé qu’elle tournait bien à gauche, mais aussi à droite, que la batterie fonctionnait bien, etc. Perseverance est la voiture la plus compliquée au monde, elle emporte un réacteur au plutonium, c’est pour vous dire. On a ensuite testé ses sept instruments. Nous sommes ravis. Tout fonctionne à merveille.
 
Quelles ont été les tâches principales du robot durant cette première année ?

Le robot a collecté sept échantillons de roches martiennes, à différents endroits. On a six ans pour en collecter une quarantaine, alors, on est dans les clous. Il a également roulé environ quatre kilomètres. C’est important, car cela nous permet de collecter des roches situées à des endroits différents. Et puis, il a testé son dispositif «MOXIE», qui fabrique de l’oxygène à partir de l’atmosphère. Il sera utilisé un jour pour les astronautes. On a continué de faire fonctionner tous ses instruments. Son radar a pu voir le sous-sol de Mars pour la première fois. Ses caméras ont photographié des paysages martiens grandioses, mais aussi des clichés microscopiques. Son microphone a enregistré les vents. Et surtout, on a mis en fonctionnement son instrument franco-américain SuperCam.


Selfie de Perseverance sur Mars. Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS

A quoi sert-il ?

SuperCam dispose de cinq techniques d’observation et d’analyse de la minéralogie des roches. Il est composé de trois spectromètres (LIBS, RAMAN et Infrarouge), d’une caméra et d’un microphone. C'est en quelque sorte une version améliorée de l’instrument ChemCam. Ce dernier équipe Curiosity, le véhicule de la Nasa en opération sur Mars depuis 2012. Ainsi, SuperCam est doté d’un laser, rouge, qui chauffe les roches à 10.000 degrés, ce qui permet de connaître la composition chimique des cailloux. Mais en plus, l’instrument détermine la composition minéralogique des roches, c’est-à-dire la manière dont les atomes sont organisés en molécules et les molécules liées entre elles, grâce aux spectroscopies Raman et infrarouge. Ces différentes techniques fonctionnent à distance : jusqu’à 7 mètres pour la première, 12 mètres pour le Raman, et jusqu’à l’horizon pour la spectroscopie IR et l’imagerie. SuperCam fait ainsi ses analyses sans être contraint d’approcher au plus près de ses cibles. Depuis la France, on a déjà tiré 120.000 coups de laser sur Mars !

Vous avez rencontré des échecs lors de la collecte des échantillons de roches. C’est un exercice périlleux ?

Oui, on maîtrise la collecte de roches, mais ce n’est vraiment pas facile. La première fois, on a trop foré et on est sûrement allé trop vite. L’échantillon est tombé avant qu’on puisse le sceller. Ce n’est pas très grave, car, on a quand même de l’atmosphère dans le tube. Une autre fois, il y a un petit caillou qui s’était mis devant l’entrée du porte-échantillon et on n’arrivait plus à entrer le morceau de roche à l’intérieur. Cela nous montre que la robotique interplanétaire est difficile. Il ne faut jamais oublier que Mars est à 300 millions de kilomètres de nous. Il faut être patient et persévérant.
 
D’ailleurs, comment se pilote le robot ?

C’est très complexe. Perseverance exécute dans la journée les programmes qu’on lui a envoyés la veille. Le soir, il renvoie ses données à un Orbiter autour de Mars, qui les transmet à une des trois antennes de réception sur Terre. Dans la salle du French Operation Center for Science and Exploration (FOCSE) de Toulouse, il y a pleins d’écrans sur lesquels on voit les données qui descendent de Mars. On est connectés avec le monde entier. Il faut une centaine de personnes pour piloter le rover. On décide ce qu’on fait sur le court et long terme. La difficulté, c’est de fonctionner tous ensemble. Chacun veut faire ce qu’il veut, mais il faut intégrer les contraintes de tout le monde. Mais c’est exceptionnel. Chaque jour, on change de paysages. Chaque jour, on découvre un territoire que personne n’a jamais vu. Je ne me compare pas aux explorateurs du XVe siècle, mais il y a un petit peu de ça. On est là où personne n’a jamais roulé, c’est bluffant.

Quelle a été la plus grande découverte réalisée ?

La caméra de l’instrument SuperCam de Perseverance a détecté qu’il se situait bien dans le fond d’un ancien lac fermé , qui faisait environ deux fois le lac Léman il y a 3,7 milliards d’années. C’est une trouvaille qui est arrivée très vite dans l’aventure. On réglait une caméra, un peu par hasard, sur une butte située au loin, et celle-ci a mis en évidence des strates que l’on connaît bien sur Terre : un delta. Mais d’autres découvertes exceptionnelles devraient arriver dans les mois qui viennent.


Sylvestre Maurice, astrophysicien à l'Irap de l'Université de Toulouse (CNRS/CNES) et co-responsable de l’instrument SuperCam. Crédit : CNES

Vers où se dirige le robot ?

On est parti vers le sud. On a contourné une pointe de dune sur laquelle on ne peut pas rouler. Et là, on file à vive allure pour arriver au pied du delta. Pour vous donner une mesure, on a roulé environ 500 mètres le week-end dernier dont 319 mètres en un seul jour, un record ! Le delta, c’est là où la rivière est arrivée en pente douce autrefois. Elle y avait charrié toutes les roches qu’elle avait sur son chemin et elle a, de fait, déposé des sédiments. Le but est d’aller étudier ces sédiments. C’est l’endroit où on a le plus de chance de trouver d’anciennes traces de vie. On ne risque pas de trouver des fossiles, mais des traces de microbes ou de bactéries.


Source: parismatch.com
 
   
 
 
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