La sonde ExoMars TGO ne détecte aucune trace de méthane
Depuis environ 15 ans, des sondes martiennes ont fait la découverte de suintements saisonniers de méthane qui intriguent les exobiologistes, bien décidé à ne pas rester sur les résultats décevants des fameuses sondes Vikings qui n'ont pu découvrir l'existence de formes de vie sur la planète rouge. Pour comprendre de quoi il en retourne, il faut savoir que les modèles photochimiques de l'atmosphère martienne prédisent que ce gaz aurait une durée de vie d'environ 300 ans, donc toute détection implique une injection très récente dans l'atmosphère à l'échelle géologique. Des indications de la présence de méthane dans l'atmosphère de Mars existent, en fait, précisément depuis 2003. Thérèse Encrenaz et ses collègues avaient repéré des traces de ce gaz à l'aide des instruments de la sonde européenne Mars Express.
Il y a quelques années, Curiosity avait également détecté de faibles concentrations transitoires de méthane dans l'atmosphère martienne. Mais cela pouvait à nouveau s'expliquer par un apport continuel de météorites possédant de la matière organique. Le méthane serait alors produit par la dégradation de cette matière sous l'effet de l'intense rayonnement UV à la surface de Mars. Une autre explication abiotique a aussi été mise en avant, de sorte que l'on ne pouvait toujours pas en conclure que l'on tenait enfin une preuve ou, pour le moins, une indication très convaincante bien qu'indirecte de l'existence de micro-organismes, en l'occurrence méthanogènes comme ceux que l'on connait sur Terre, mais sur un autre monde que la planète bleue.
Tout le monde attendait donc beaucoup de l'arrivée en orbite en 2016, autour de Mars, de la sonde européenne ExoMars Trace Gas Orbiter (TGO). En effet, elle avait été spécialement conçue pour permettre la détection et la localisation depuis l'espace de sources de méthane dans l'atmosphère de la planète. Pour cela, elle dispose de deux instruments, les spectromètres optiques Nadir and Occultation for Mars Discovery (Nomad) et Atmospheric Chemistry Suite (ACS), qui permettent d'identifier et de caractériser des molécules qui constituent moins de 1 % de l'atmosphère de Mars, non seulement le méthane mais aussi la vapeur d'eau, le dioxyde d'azote et l'acétylène. Plus généralement, TGO surveille les changements saisonniers de la composition et de la température de l'atmosphère martienne afin de créer et d'affiner des modèles atmosphériques détaillés.
C'est, pour le moment, la déception si l'on en croit des communiqués de chercheurs en charge de cette mission et qui ont été rendus publics lors de la réunion fêtant le centenaire de l'Union américaine de géophysique (AGU) et qui s'est tenue du 10 au 14 décembre 2018 à Washington aux États-Unis. Alors que Nomad et ACS ont un seuil de détection du CH4 extrêmement bas, ils ont fait chou blanc. C'est intriguant mais pas totalement négatif. On s'attendait en effet à trouver tout de même un peu de méthane provenant de la chute des micrométéorites subissant des réactions chimiques dans l'atmosphère même de la planète. Si du méthane est bien parfois émis sur Mars, il doit donc venir de sa surface.
Les observations de TGO vont se poursuivre et la précision des données augmentant, on va pouvoir mettre des bornes de plus en plus basses sur la présence ou non de méthane, même saisonnière, sur Mars puisque la sonde va continuer son travail jusqu'en 2022. Mais peut-être, aura-t-on des résultats plus enthousiasmants avant, avec l'arrivée prochaine des rovers ExoMars 2020 et Mars 2020, respectivement de l'ESA de la Nasa.
Source : futura-sciences.com