Cette intelligence artificielle pourra gérer les futures bases martiennes
Preuve que la science-fiction nous donne souvent un aperçu du futur, la cultissime intelligence artificielle HAL 9000 dans le film 2001, l'Odyssée de l'espace prend vie, 50 ans après sa création, dans un projet baptisé CASE, pour Cognitive Architecture for Space Agents. Comme le faisait HAL 9000 dans son vaisseau interplanétaire, CASE doit gérer tous les aspects techniques d'une base habitée, tels qu'ouvrir et fermer les portes, contrôler les capteurs ainsi que les systèmes de support de vie (aération, niveaux d'oxygène, capture du dioxyde de carbone, etc.) et programmer les activités de routine. CASE peut également envoyer des rovers en mission d'échantillonnage du sol martien, par exemple.
Pour remplir ce rôle, le système CASE développé par Pete Bonasso, chercheur en intelligence artificielle pour la société américaine TRACLabs Inc, est un concentré d'intelligence artificielle, constitué de 3 niveaux. Le premier contrôle le hardware, c'est-à-dire tous les appareils, les bras robotiques ou encore les portes. Le deuxième englobe les procédures nécessaires pour assurer la maintenance de la base et le bon déroulement des activités. « Par exemple, CASE dispose de procédures pour réguler la charge des batteries et des rovers, et pour les envoyer en mission », explique Pete Bonasso. Les procédures du niveau deux, comme le contrôle d'un capteur, transmettent les ordres appropriés au premier niveau, par exemple, ouvrir une bouche d'aération.
Le dernier niveau planifie et coordonne les tâches que CASE doit accomplir dans la journée, en déterminant l'ordre de priorité et les procédures nécessaires pour y parvenir. Ce troisième niveau est capable de réagir lorsque des problèmes surviennent. « Il peut replanifier automatiquement les activités en cas d'imprévus, tels que des pannes de moteurs ou l'arrivée d'une tempête de poussière », déclare Pete Bonasso. Enfin, CASE dispose d'une ontologie, qui structure et raisonne sur ses propres données, en prenant en compte leurs définitions, leurs propriétés, les relations entre elles. C'est ce qui lui donne des capacités de décision et lui permet d'établir des liens entre les objets.
CASE n'est pas destiné à tout contrôler dans l'ombre. Il pourra interagir avec les occupants de la base en diffusant visuellement des informations via une interface et dialoguer avec eux. « Nous avons développé un système de gestion du dialogue qui permet aux utilisateurs de poser des questions, donner des ordres et être prévenus d'un danger imminent », explique Pete Bonasso.
CASE a été conçu pour agir uniquement à condition qu'il obtienne l'approbation des humains et il « ne peut rien faire qu'il ne soit pas programmé pour faire », assure Pete Bonasso.
Pour son premier test, CASE a assuré la gestion d'une base virtuelle et la survie de ses occupants pendant quatre heures. La prochaine étape, plus concrète, se déroulera peut-être pendant des expériences de simulation réelles, ici sur Terre, où des volontaires vivent dans les mêmes conditions que dans une base sur une autre planète, par exemple dans le désert pour simuler l'environnement martien. Un entraînement sur ces bases factices permettrait à CASE d'observer les activités, de les enregistrer et d'apprendre ainsi comment fonctionne une telle installation.
Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA prévoit également d'utiliser l'intelligence artificielle pour son prochain rover Mars 2020, afin de bénéficier d'un vrai partenaire scientifique sur place. Il embarquera une charge utile sensiblement différente de celle de Curiosity, mais elle sera surtout bien plus perfectionnée, notamment grâce à l'intelligence artificielle. Responsable de l'Artificial Intelligence Group du JPL, Steve Chien envisage de travailler avec le rover « comme si vous interagissiez avec un étudiant diplômé », selon ses propres mots. Il ajoute : « Cette IA sera presque comme un partenaire ».
À propos de la mission martienne, Steve Chien explique, par exemple, que son équipe est parvenue à développer un logiciel de reconnaissance des éruptions volcaniques à partir de données spectrales et d'images. Si le logiciel détecte une éruption, il aura le choix entre un ensemble de règles préprogrammées et sera ainsi en mesure de prendre la décision de planifier des observations de suivi.
Source : futura-sciences.com et clubic.com