Découverte de roches violettes qui offrirait des indices sur une vie martienne passée

Sylvie Montard - 19 janvier 2022


Crédit : NASA/JPL-Caltech
 
De la surface au ciel, la poussière rouge de Mars lui offre une teinte vermeille, mais le rover Perseverance de la NASA détecte une autre couleur dans ce camaïeu de rouge. Sur presque chaque site visité par ce robot-géologue, la palette martienne présente également du violet. Cette couleur semble se déposer sur des roches de toutes formes et de toutes tailles. Même les plus petits galets n'y échappent pas.
 
La couleur forme une fine pellicule sur certains rochers et laisse des traces semblables à des taches de peinture sur d'autres. « Certains rochers donnent l'impression d'avoir été plongés dans un glaçage magenta », déclare Ann Ollila, géochimiste au Laboratoire national de Los Alamos et auteure d'une première analyse des pellicules présentée à l'occasion d'un récent congrès de l'Union américaine de géophysique (AGU). Mais alors, comment ces pellicules ont-elles bien pu se former ? « Je n'ai pas vraiment de réponse à vous donner », indique Ollila.

Les scientifiques ont hâte d'en savoir plus. « Nous attendons beaucoup des analyses actuellement menées », déclare Nina Lanza, responsable du service Space and Planetary Exploration du Laboratoire national de Los Alamos, qui étudie les pellicules violettes avec Ollila.


Perseverance a pris ce selfie avec la pierre surnommée Rochette, en septembre 2021. On distingue deux orifices sur la roche violette à l'endroit où le bras robotique du rover a prélevé ses échantillons. Crédits : NASA, JPL-Caltech, MSSS.
 
L'origine de ces mystérieuses taches pourrait apporter des détails sur le passé de Mars, notamment sur l'éventuelle présence d'une forme de vie. Au cours de leur formation, ces pellicules ont pu enregistrer des informations sur les conditions environnementales à travers leur composition chimique et minérale, ce qui pourrait aider les scientifiques à reconstituer ces environnements disparus depuis fort longtemps. Elles pourraient également contenir des preuves en lien direct avec la présence de vie : sur Terre, les microbes contribuent à créer des vernis rocheux similaires.

L'étude de ces revêtements peut également amener les scientifiques à mieux comprendre le fonctionnement des autres planètes. « À quel point les processus géologiques sont-ils universels ? Et quelle est leur influence sur la planète ? » s'interroge Cassandra Marnocha, microbiologiste rattachée à l'université de Niagara dans l'État de New York.

Même si les pellicules de ce genre ne sont pas une découverte sur Mars, l'apparition fréquente de violet dans le cratère de Jezero a interpellé les scientifiques. Les premières pellicules martiennes ont été détectées par les missions Viking qui ont visité la planète rouge au milieu des années 1970. Mais il a fallu attendre que d'autres rovers foulent le sol martien pour identifier ces zones d'ombre comme étant des pellicules plutôt que de simples taches sur la surface.

Parmi les découvertes les plus remarquées figure notamment celle de pellicules riches en manganèse dans le cratère de Gale, où le rover Curiosity analyse actuellement la surface de Mars. La découverte rappelle fortement un type de revêtement rocheux connu sur Terre sous le nom de vernis, ou patine, généralement truffé de minuscules formes de vie.

 
Ollila et ses collègues examinent d'encore plus près les pellicules violettes dans le cratère Jezero grâce à la SuperCam de Perseverance, capable de vaporiser la roche avec son laser pour en extraire la composition élémentaire. Chaque tir de laser crée un petit orifice à la surface de la roche et un léger bruit de claquement. Le microphone du rover enregistre ce bruit et permet aux scientifiques d'écouter le laser traversant la pellicule puis la roche sous-jacente. Ces sons fournissent également des informations sur les propriétés de la roche, comme sa dureté.

Les premiers résultats de ces analyses montrent que le violet semble être une couche plus malléable aux propriétés chimiques distinctes de la roche inférieure. Les images de la Mastcam-Z suggèrent la présence d'oxyde de fer dans les pellicules, indique Garczynski. D'après la SuperCam, ces couches superficielles seraient enrichies en hydrogène et parfois en magnésium, indique Ollila.

La présence d'hydrogène suggère que l'eau a joué un rôle majeur dans la formation des taches violettes. L'oxyde de fer pointe également dans ce sens, tout comme la rouille qui se forme sur un vélo abandonné sous la pluie. Une étude approfondie pourrait révéler un trésor d'informations sur la place de l'eau dans le passé de la planète rouge, notamment sur la durée de vie du lac dans le cratère de Jezero et, peut-être, sur ses propriétés chimiques. La présence de pellicules pourrait donc jouer un rôle central dans cette histoire.

Quoi qu'il en soit, il reste un autre mystère à élucider : l'emplacement des pellicules violettes. La trajectoire actuelle de Perseverance ne traverse pas les sédiments du lac, mais plutôt des roches formées par le refroidissement de magma. Il s'agit donc désormais de déterminer comment les roches sont arrivées à leur emplacement actuel sur le plancher du cratère, comment elles sont entrées en contact avec l'eau et à quelle période. « Si j'avais dû deviner où se trouveraient les pellicules à travers le cratère, je n'aurais probablement pas choisi cet endroit-là », indique Lanza.

 
Dans une récente étude des patines à travers les États-Unis, une équipe de chercheurs a établi le trombinoscope des bactéries résistantes aux radiations. D'après leurs résultats, un type particulier de cyanobactérie serait à l'origine du manganèse contenu dans la patine en concentrant le métal pour se protéger contre le rayonnement solaire, comme de la crème solaire. Les pellicules du cratère de Jezero ne possèdent pas le manganèse nécessaire pour être considérées comme une patine, mais cela ne signifie pas pour autant qu'elles ne peuvent pas être liées à une forme de vie ancienne. Qui sait comment se comportent les microbes martiens ?


Patine du désert à la surface d'un bloc de grès éboulés, dans le parc national de Capitol Reef, Utah. Elle serait essentiellement formée d'oxydes, d'hydroxydes de fer et de manganèse fixés par des biofilms bactériens. Crédit : Matthias Schultz

L'équipe espère démêler la composition chimique des pellicules et chercher des traces de matière organique associées aux croûtes martiennes qui pourraient indiquer la présence de microbes. Rapatrier les roches sur Terre pour une analyse en laboratoire est l'une des seules façons d'étudier en profondeur la formation des pellicules violettes.

Au fil de sa progression à travers le cratère, Perseverance extrait des carottes des roches martiennes et les conditionne dans des tubes en attendant leur retour sur Terre à l'occasion d'une future mission. Malgré la fragilité de ces pellicules, Ollila espère que certaines supporteront le processus de prélèvement afin que les scientifiques puissent les analyser de plus près à l'avenir.

En attendant, l'équipe est enthousiaste à l'idée de poursuivre son travail alors que Perseverance se dirige vers le delta de Jezero, une immense étendue de sédiments déposés par les anciennes rivières qui se déversaient dans le cratère. « Ce n'est que le début », déclare Lanza. « Ce n'est qu'un élément parmi tant d'autres que nous allons rencontrer et je pense qu'il y a encore beaucoup de découvertes à faire ».



Source: nationalgeographic.fr
 
   
 
 
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