Curiosity a encore détecté du méthane et à un taux record

La saga du méthane dans l'atmosphère de Mars dure depuis le début des années 2000, notamment avec une publication retentissante en 2004 de la planétologue Thérèse Encrenaz et ses collègues qui avaient repéré des traces de ce gaz à l'aide des instruments de la sonde européenne Mars Express. On a constaté par la suite que l'on était en présence de suintements saisonniers de méthane ce qui n'a fait qu'augmenter l'excitation des exobiologistes. Il faut savoir en effet que les modèles photochimiques de l'atmosphère martienne prédisent que ce gaz aurait une durée de vie d'environ 300 ans. Il en résulte que toute détection implique une injection très récente dans l'atmosphère à l'échelle géologique.
Parmi les origines possibles de ces injections, il en est une qui fascine puisqu'il pourrait s'agir de micro-organismes qui seraient des cousins des méthanogènes terrestres, des archées qui peuvent prospérer dans des environnements extrêmes comme les déserts, les glaces du Groenland et même les geysers et les évents hydrothermaux. Pour se développer, ils n'ont besoin que du gaz carbonique et de l'hydrogène comme source d'énergie car ce ne sont pas des organismes photoautotrophes (effectuant la photosynthèse), mais bien chimiotrophes. Anaérobies, ces micro-organismes sont donc capables de prospérer dans des milieux anoxiques, sans oxygène, et dépourvus de matière organique. Ce sont donc des extrêmophiles potentiellement capables de survivre sur Mars.
Au début de son histoire, tout indique que Mars était nettement plus accueillante, avec de vastes étendues d'eau liquide et un volcanisme actif, à l'instar de la jeune Terre. La vie aurait donc très bien pu y apparaître et prendre le temps de s'adapter à des conditions devenant lentement de plus en plus difficiles. Certains descendants des premiers micro-organismes martiens similaires aux méthanogènes terrestres pourraient encore exister, peut-être dans des poches d'eau maintenue liquide par la chaleur de l'activité volcanique résiduelle de Mars. Ce serait donc leur activité productrice de méthane qui serait détectée aujourd'hui par les sondes martiennes.
Mais la prudence s'impose car d'autres explications de ces suintements saisonniers de méthane sont tout aussi crédibles. Ils pourraient notamment provenir de clathrates fossiles, de la glace riche en méthane bien connue au fond des océans sur Terre, présents juste sous la surface de Mars. À l'occasion du printemps et surtout de l'été martien, l'élévation de la température vaporiserait de la glace dans des fissures en surface permettant à ce méthane de se libérer.
Pour départager les hypothèses en lice, il faut continuer de surveiller et d'étudier ces émissions de méthane. C'est ce que fait la NASA avec le rover Curiosity, qui en a mesuré plusieurs ces dernières années. Elle vient de faire savoir à la fin du mois de juin 2019 que le rover venait de mesurer son plus haut taux de CH4 avec l'instrument Sam (Sample Analysis at Mars).
Le spectromètre laser a en effet mesuré une quantité de méthane d'environ 21 parties par milliard en volume (ppbv). Rappelons qu'un ppbv signifie que si vous prenez un volume d'air sur Mars, un milliardième du volume d'air est constitué de méthane.
Malheureusement, comme le rappelle l'américain Paul Mahaffy, qui dirige l'équipe en charge du Sam : « Avec nos mesures actuelles, nous n'avons aucun moyen de savoir si la source de méthane est d'origine biologique ou géologique, ancienne ou moderne ».


Source : futura-sciences.com
 
   
 



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